Lorsque j'ai eu l'idée de commencer les travaux, j'avais l'intuition que ce serait un travail passionnant et prenant ; je ne me doutais pas à quel point cela était vrai. Au fur à mesure de l'avancement, je m'aperçois que la démarche entreprise me permet de pénétrer au cœur de l'histoire de cette communauté chinoise et au travers elle au cœur de l'histoire contemporaine de la Polynésie.
Quatre mois de travaux de recherche ont permis de faire tomber peu à peu les voiles qui embrumaient le sujet et de porter un regard plus lucide sur le sujet. Avant de présenter la situation actuelle dans les paragraphes qui suivent, je vais expliquer les choses d'un point de vue personnel.
Je fus interpellé en octobre dernier en découvrant le livre de généalogie de Chung Yen Ha qui raconte l'histoire de notre famille. Ce livre étant écrit en chinois, je n'y comprenais goutte, mais de longues conversations avec Chen Chung Chang m'ont permis de comprendre la trame. Ce livre comprend essentiellement deux parties, une partie historique qui raconte les différentes migrations de notre famille et une partie documentaire qui détaille la liste de tous les descendants du fondateur du village.
La partie historique remonte à plus de quatre mille ans, et notre ancêtre commun n'est autre que l'empereur légendaire Souen Ti. (Il est évident que les historiens modernes et scientifiques auront beaucoup à dire sur le sujet). Le premier à s'appeler Chin (Chen en Pinyin) est quelqu'un qui a vécu au début du treizième siècle avant notre ère ;il s'agit de la première génération. Les quinze migrations qui ont abouti à Chung Yen Ha se sont donc étalées sur plus de 4000 ans, et les chefs de famille de ces cent générations sont bien identifiés. Le fondateur de Chung Yen Ha, s'appelle Tzen Len qui fait partie de la génération 100. Les traces historiques tangibles concernent la 91ème génération. En effet dans le village (Ng Fa situé au nord de la province de KwangTung) d'où est parti Tzen Len, on retrouve le mémorial de Kui San, chef de famille de cette génération. Kui San a vécu au quinzième siècle (dynastie Ming). Dans ce même village ont été retrouvées les tombes des parents de Tzen Len.
La partie généalogique liste tous les noms des descendants. Elle semble assez exhaustive ; en particulier les descendants de Tahiti y figurent (grâce à Chen Chung Chang), mais elle comporte à mes yeux deux lacunes de taille en effet, aucune date n'est inscrite et l'arbre est amputé des descendants des éléments féminins. Il me semblait important de réparer, en tout cas pour les descendants de Tahiti. J'ai donc entrepris ce travail. Grâce à Chen Chung Chang, j'ai pu « accrocher » à l'arbre tous les descendants de Tahiti à l'exception de Mme Sacault (femme de Tsok Ka Siong) et peut-être de Mme Lin (grand-mère maternelle des familles Beaumont).
La traduction est confiée à Moea Ley. Mais au-delà de la traduction proprement dite, il faut situer l'histoire de la famille dans un contexte mondial. Le phénomène colonialiste du début du 19ème siècle a influencé directement la vie des descendants de Tzen Len. Pour prendre un exemple, il est intéressant de mettre en parallèle l'action de la London Missionary Society en Chine et en Polynésie. La traduction de la bible en chinois et en tahitien est sûrement contemporaine. Peut-on comparer l'action de Hong Xiuquan (empereur des Taiping) avec celle de Pomare II ? En tout cas, la vie des descendants de Tzen Len a subi leur influence.
Les recherches sur ces points historiques sont en cours.
Pour ce qui concerne les traditions orales, beaucoup de personnes ont beaucoup à raconter sur la vie de nos grands-parents. Cette partie est en cours de compilation. Comme les noms des village de la région sont souvent cités, il reste à se procurer une carte détaillée de la région de Chung Yen Ha pour situer ces lieux plus précisément.
Enfin, comme il s'agit d'un village hakka, je rassemble la documentation nécessaire pour expliquer même sommairement le phénomène hakka et présenter les différentes thèses historiques liées à l'histoire de cette population.
J'ai pu établir des schémas simplifiés de l'arbre généalogique pour mieux comprendre l'arbre d'ascnedance. Les branches principales sont bien identifiées.
J'ai pu renseigner environ 2000 noms de descendants de Tahiti, mais l'estimation porte sur environ 4000 noms. Ce travail avance bien et chaque jour apporte de bonnes surprises.
Parmi les découvertes, la famille Resnais originaire de Gnou Fou a un ancêtre commun avec Chung Yen Ha (95ème génération). Deux frères de Tzen Len sont allés s'installer au Sichuan au début du 19ème siècle.
En général les personnes au courant du projet sont extrêmement intéressées. Une petite réticence culturelle subsiste concernant l'inclusion ou non des branches féminines, mais l'idée est de mieux en mieux acceptée.
Beaucoup de personnes m'ont posé la question du fiancement de l'opération sous une forme ou une autre (prix de l'ouvrage définitif, cotisations…). Je dois avouer que cela ne constitue pas une préoccupation majeure (« Quand on aime, on ne compte pas »). Des bénévoles que je remercie ont déjà cotisé. Il a été question de souscription ou d'abonnement à un bulletin. On peut aussi penser que ce genre de travaux pourrait être financé par le ministère de la culture ou par un organisme public. Ce point pourra être vu à l'occasion d'une réunion de personnes intéressées. Il peut aussi être envisagé de confier ce soin à l'association Chung Yen Ha dont nous allons parler.
Actuellement Chen Chung Chang, qui conserve des relations privilégiées avec Chung Yen Ha est le relais naturel. Ayant dépassé 87 ans, et bien que toujours alerte, il a exprimé le souhait de « passer la main » à une association familiale. Bien qu'instigateur de la création de l'Association Familiale Tching, il préfère confier la suite à une association différente. Deux épisodes récents illustrent les préoccupations qu'aurait cette association Chung Yen Ha. Voici un bref rappel :
La tombe de Tzen Len était menacée d'expropriation par suite du développement de la zone de ShenZen, les anciens du village ont donc présenté divers contre-projets pour éviter ce fait. Après des essais infructueux, seul le dernier fut accepté. Il s'agissait de créer un funérarium collectif entourant la tombe de l'ancêtre et d'aménager l'espace à l'entour. CCC s'est dépensé sans compter pour que les descendants de Tahiti y contribuent, malgré des critiques justifiées.
Cet épisode ne concerne que les descendants de Ket Sen père adoptif de Zit Lim lui-même père de Shi Yen, Shi Mou, Shi Tong, Shan Sei Fan, San Moi et Chin Foo. Il fallait collecter des fonds pour faire la crémation des restes de cette famille et les transférer au funérarium Tzen Len. Là aussi CCC quoique non concerné directement a œuvré pour y arriver.
L'association en question pourrait non seulement s'occuper de ces questions, mais garder des liens directs avec le village d'origine et surtout mieux se faire connaître les descendants.
Pour ce faire, cette association aurait besoin d'un(e) secrétaire connaissant parfaitement le chinois écrit.
Mis à jour par muriel@shanseifan.org le 11/02/2003 à 21h46
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